Mission à Orodara


Centrafrique, Mali, Somalie,Soudan du sud… une Afrique à feu et à sang où les peuples se déchirent, faisant toujours plus de victimes. Pour des raisons ethniques, religieuses, économiques… toujours plus de malheureux ! Le Burkina Faso, au milieu de ce tumulte, résiste. Durant notre mission, musulmans catholiques, animistes, peu importe, nous avons travaillé ensemble,dans la joie de partager, de donner et de recevoir. Aucun d'entre nous n'épargne son énergie et quelque soit ses convictions. Notre but est de rendre service à cette population si démunie qui toujours, comme partout, paie les frais des ambitions de ceux qui aspirent au pouvoir et à la domination. Encore un grand merci à tous nos
amis de Orodara, Georges, Issa et toute leur équipe et toutes les personnes de l'hôpital. Personnes admirables qui se sont dé- voués sans compter, avec une générosité exemplaire. J'espère encore partager de grands moments avec vous et travailler longtemps avec vous. Karim, toi qui nous recommande une vieille femme « Peul », insistant pour qu'on l'opère rapidement car tu as appris qu'elle vient de très loin et qu'elle n'a pas de quoi se nourrir durant son séjour... Karim, garde cette tolérance intacte. A mes amis Français, Philippe et Sylvie Wespiser, que j'ai découvert cette année, votre gentillesse, votre compétence, votre générosité ont été un vrai bonheur pour moi.
A mon cher Vincent que j'admire chaque année davantage. Tu n'as pas hésité à te lancer dans l'apprentissage d'une nouvelle technique afin de nous la transmettre. Cela demandait beaucoup de courage car il n'est pas facile d'aller vers l'inconnu. Mais tu l'as fait pour nous et pour tous les patients que nous prendrons en charge à l'avenir. Prends soin de toi. J'espère de tout cœur que le peuple Burkinabé pourra profiter longtemps dans la paix de la richesse qu'offre sa diversité et à laquelle nous nous ressourçons à chaque mission.

Docteur Fabienne Descour
ophtalmologiste

Ma troisième mission au Burkina et retour à Orodara


Ophtalmo médicale j'accompagne une prestigieuse équipe de 3 chirurgiens venus s'initier à la phakoalter- native grâce à l'impulsion de notre vaillant et enthousiaste président Vincent Philippot qui s'est lui même formé à Dakar cet été. Un sursaut d'orgueil patriotique nous anime : ne pas faire moins bien que les chirurgiens espagnols qui nous ont précédés et qui pratiquent cette technique avec dexterité au vu des contrôles post opératoires qu'il nous est donné de voir.
A notre arrivée à l'hôpital d'Orodara le lundi matin c'est l'immersion immédiate. 280 patients ont été convoqués par la pré-mission. Certains campent là depuis plusieurs jours et tous attendent docilement l'appel de leur nom faite au porte voix. Les premiers patients sélectionnés, le bloc se met en route pendant que je finis de voir les suivants en établissant un planning opératoire pour chaque jour.
Du bloc j'apprends que très vite l'appréhension a cédé la place à l'enthousiasme et que l'émulation réciproque affine la technique opératoire d'heure en heure. Le lendemain les résultats post opératoires sont à la hauteur de l'espoir suscité. Avec l'extracapsulaire pratiquée précédemment les suites étaient plus longues et plus hasardeuses pour ces patients qui repartaient souvent « dans la nature » !! Pour les autres, l'ablation des fils était éprouvante pour Issa et Georges, les infirmiers car les patients devenus « voyants » avaient très peur qu'on leur touche l'oeil opéré. Dès le lendemain la cornée était claire et la plaie sclérale étanche sans fil.
Que du bonheur !!!
Mais la réalité ophtalmologique africaine a aussi une face plus sombre, celle de la consultation quotidienne que je partage avec Issa. Des glaucomes terminaux, des tumeurs inopérables, des malformations oculofaciales, des dégénerescence maculaires, tous venus pour la réputation des médecins blancs qui opèrent et qui rendent la vue. Face à cet espoir je n'avais que mon impuissance à leur opposer. Quand un jour, très affectée par l'avenir d'un jeune peul aveugle à 15 ans (papilles blanches et tonus bilatéral à 50) j'ai dit mon désespoir à Issa : « ici moi je ne sers à rien, je ne peux rien pour eux », il m'a répondu : « Si, tu sers à ce qu'ils acceptent leur sort définitivement, et pour nous c'est d'une grand aide ! » Triste consolation…Je voudrais clore cet article en disant toute mon amitié et mon admiration à Vincent et à Fabienne que j'ai rencontrés pour la première fois et qui sont à mes yeux des per- sonnes extraordinaires, à Philippe qui partage ma vie car, grâce à eux mes lendemains étaient à nouveau lumineux avec leurs magnifiques post op !

Docteur Sylvie Wespiser
ophtalmologiste 

Mission à Kaya Impression d'une jeune recrue…


Proche du Dr Fabienne Descour depuis longtemps et toujours subjuguée par ses aventures humanitaires, je me suis décidée à partir avec Africa luz. Malgré mon petit bagage humanitaire au Maroc et au Cambodge, j'ignorais tout de l'Afrique noire… Et je n'ai pas été déçue !! J'aurais pu croire que le pays ne voulait pas de moi au début, avec un vol retardé, ma valise acheminée trois jours plus tard, mais c'était pour mieux me mettre dans le bain. Une fois sur place, arrivée après Guislaine et Denis, une bonne nuit au Cocooning chez Dalila, je prenais le bus pour rejoindre l'équipe à Kaya. « Pas plus de 45 minutes de bus » m'avais répété Vincent, « sinon c'est que tu es déjà au Mali » . Tout le monde m'attendait à 9h… Après une heure de retard, l'arrimage des 20 scooters et des 38 valises sur le toit du bus, toutes les petites têtes noires plus une très blondes pensaient partir…
Mais nouvelle descente du bus. C'est la faute d'un pneu à plat : descente du matériel, récupération d'un pneu et enfin décollage. Même si le bus roulait à toute allure sur le bitume dégradé ou la latérite chaude, la moyenne était bien diminuée par les arrêts, à chaque place de marché, au cas où un passager ait subitement envie d'eau, de bananes, ou d'un téléphone mobile !! C'est 2h30 plus tard que j'ai reconnu Karim qui m'attendait sur cette place au centre de Kaya.
J'ai tout de suite été saisie par cette cou- leur rouge et chaude de la latérite. Les gens étaient à pieds ou à deux roues dans cette poussière permanente, l'air était lourd pour la Grenobloise qui quittait la neige !! A l'hôpital, j'ai retrouvé ma troupe qui avait déjà préparé le bloc opératoire. Ghislaine, habituée du Burkina, examinait les patients recrutés en pré-mission. Dehors c'était une myriade de couleur qui attendait !! Des dizaines de patients avec des boubous tous plus beaux les uns que les autres attendaient leur tour, l'espoir dans les yeux. Nous avons examiné au moins cent cinquante patients programmés pour une chirurgie de cataracte ou hélas contre-indiqués, si le marabout était passé avant nous. Surprise de voir un cristal- lin à moitié tombé, j'interrogeais Ghislaine. Notre patient avait du certainement aller voir le « sidibé » qui avait réalisé un abaissement du cristallin à l'aiguille, technique égyptienne ancestrale, à l'aire du femto-cataracte…
L'après midi même, nous commencions à opérer. C'est avec passion que Vincent nous a trans- mis la technique de « phaco-al- ternative ». Habituée à mon bon microscope, à des cataractes modérées, à des instruments neufs et à la demande, à une technique maîtrisée et à des patients qui comprennent qu'il ne faut pas bouger, les premières heures furent une grande leçon d'humilité ! Heureusement, grâce au bon professeur et à ma grande motivation, c'est très rapide- ment que j'ai dominé la technique et commencé à enchaîner les patients aussi vite qu'en France !
Même si cette phaco-alternative m'avait séduite par sa simplicité matérielle et sa rapidité, c'est au contrôle le lendemain que j'ai été bluffée : les yeux étaient clairs, calmes, et peu douloureux. Je n'oublierai jamais ces premiers patients qui arrivés accompagnés, aveugles, sont rentrés seuls en salle d'examen. Un sourire illuminait leur visage, alors qu'ils ils répétaient « gay nas- sara !!! » (je vois la blanche). Enfin, le soir après une journée pleine d'émotions, la Brakina fraîche n'avait pas de prix !! Les jours sont passés à toute vitesse, nous dé- couvrions un peu plus le personnel qui travaillait avec nous : Epiphane « le roi de l'anesthésie rétro bulbaire » avec sa lampe frontale, Benjamin « le blagueur », Adi « le stérilisateur le plus rapide de l'ouest », Marius « le major surbooké » et tous les autres. C'est avec plaisir que nous nous retrouvions à midi autour d'un riz, riz gras, ris sauce, riz arachide ou chic, des pâtes !! Cette mission nous a tout de même permis de visiter le marché local, le marché aux bestiaux et de pique-niquer au bord du magnifique lac de Dem. J'entends encore les rires de mes collègues quand je les ai inter- pellés pour leur montrer cette vache avec une tumeur…mon premier zébu !!
Mais, c'est le dernier jour que je me suis rendu compte de l'importance de notre mission. Nous devions revoir tous les patients opérés…cent vingt boubous assis, debout ou allongés nous attendaient le sourie aux lèvres pour le contrôle. Je me souviens encore de cet enfant qui présentait une plaie de cornée suite à un coup de couteau. Il avait plus peur de la « blanche » que de la douleur. Il avait été tellement courageux pendant l'intervention, sous anesthésie locale bien sûr, chose inenvisageable en France…
C'est sur, tous les contrôles n'étaient pas parfaits, mais toujours mieux qu'avant, et toutes ces interventions ont redonné une autonomie à nos patients, une utilité vitale au village !! Je garderai ancrée cette chaleur humaine que m'ont transmis ces patients, leurs remerciements en « mossi », « peul » ou » français », leur main qui serre la notre sans vouloir la lâcher et leur visage tellement reconnaissant. Cette expérience m'a permis de découvrir trois collègues extra, dans un pays qui mérite notre aide avec des patients qui ont besoin de nous. Et c'est sûr, je repars l'an- née prochaine!

Docteur Diane Berheim
Ophtalmologiste

Mission à Boromo : Ma chance… 

Je vais vous faire part de l'expérience inoubliable que j'ai vécue en me rendant au Burkina Faso en ce mois de février 2014.
Je me suis lancé dans cette aventure, avec Africa luz, sans savoir ce qui m'attendait et je dois même avouer avoir ressenti de l'appréhension au départ en découvrant toutes les différences qui existent avec la France.
Mes doutes se sont envolés dès les premiers instants passés avec les personnes que j'ai rencontré: Vincent, Karim, Gustave, Reine, Philippe,Jocelyne... je ne peux pas faire de liste exhaustive mais toutes ont un point commun : L'autre.
J'ai redécouvert quelque chose: prendre soin d'autrui et en faire son but. Ici, il n'est pas question de profit, de performance mais uniquement d'entraide et d'empathie. Je me suis coupé de ce qui me semblait essentiel (internet, téléphone, équipements opératoires) pour me rendre compte que l'on pouvait s'en passer et que le sevrage se faisait même sans douleur!
J'ai donné pour titre à mon écrit « ma chance» car là où je croyais apporter du bien-être sans penser recevoir quoique ce soit, on m'a en fait offert plus que je n'aurai cru et c'est enrichi que je suis rentré chez moi.

Docteur Mathieu de Bats
Ophtalmologiste

Mon petit mot sur les Missions


Après plusieurs années de mission au Burkina… en tant que chauffeur, maintenancier, et organisateur des pre missions…
Nous adressons nos sincères salutations et remerciements à toutes les personnes qui veillent à la réussite des missions chirurgicales de l'ONG Africa-luz au Burkina.
Moi Karim SANOU, au nom de toutes les équipes d'ophtalmo- logie du Burkina Faso, nous adressons nos sincères salutations et remerciements aux chirurgiens et au reste de l'équipe sans oublier leurs respectueux partenaires. Malgré leurs programmes bien chargés, ceux-ci ne ménagent aucun effort pour « mettre les petits plats dans les grands » pour venir en aide au Burkina Faso à des personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté en leur donnant la vue et par extension la vie.
Malgré une chaleur de 35° à 45°, avec des difficultés énormes dans les blocs opératoires qui ne sont pas toujours adaptés, des conditions hygiéniques qui restent à désirer, les risques dans les voyages, l'insuffisance du personnel qualifié, toutes les missions se passent bien avec un bon résultat après les interventions. Au nom de toutes les personnes aveugles de la cataracte qui ont retrouvé la vue et la vie grâce aux missions chirurgicales de l'ONG Africa-luz, nous vous adressons leurs salutations les plus respectueuses.
Nous présentons nos excuses à toutes les personnes morales ou physiques que nous oublions et qui fournissent leurs efforts pour la réussite des missions AFRICA-LUZ au Burkina Faso.
MERCI A TOUS !

Karim SANOU
…chauffeur, intendant, logisticien …
Africa Luz

La Pré Mission : dépistage des mal-voyants dans les villages

La résignation de L'Africain est bien souvent étonnante. C'est à la fois un mélange d'ascétisme, de sérénité mais doublé d'une certaine passivité troublante, un certain fatalisme.
Il est certain que dans les villages les plus reculés, dans les hameaux les plus isolés, les occupations primordiales de la journée tournent autour de la corvée de bois, nécessaire pour préparer le repas unique de la journée et autour de la corvée d'eau indispensable pour la toilette , la boisson et la confection des différent plats alimentaires.
A cela s'ajoute les travaux des champs et le rappel des troupeaux pour la nuit.
Les problèmes de santé, lorsqu'ils surviennent, passent presque toujours au second plan. Tant que la pathologie n'est pas un obstacle pour l'activité au sein de la famille, elle est la plupart du temps négligée.
C'est pourquoi la découverte de certaines maladies survient malheureusement à un stade très évolué ou parfois dépassé.
A ceci s'ajoute la problématique des transports en commun et leur tarif, qui bien que modeste restent encore un obstacle à leur utilisation.
Voilà les principales raisons qui nous poussent à pratiquer le recensement des mal voyants dans les villages éloignés, avant nos missions chirurgicales. Puisque tous les aveugles ne peuvent venir à nous, c'est nous qui allons vers eux.
Bénéficiant depuis peu du statut privilégié de " retraité " j'ai voulu m'imprégner pendant l'année 2011 de l'atmosphère de ces pré mission, autant pour juger de leur efficacité que pour y apporter des améliorations, si nécessaire.
Nous avons ainsi participé à trois pré mission, deux dans la région de Fada n'Gourma, dans l'est du pays et une à Kaya dans le nord du pays.
Un planning de cinq jours avait été prévu dans tous les cas, avec consultation chaque jour dans des villages situés en moyenne entre cinquante et quatre vingt kilomètres. La plupart du temps, trajet sur des pistes de latérite plus ou moins défoncées et expliquant la difficulté des transports en communs.

Dans le meilleur des cas, à notre arrivée, le responsable du CSPS ( centre de santé et de protection sociale) avait regroupé tous les patients concernés, avait prévu un petit local avec quelques bancs de bois et notre consultation pouvait démarrer.
Glaucome évolutif, cataractes blanches cécitantes, séquelles gravissimes de trachome, plaies de cornée négligées, toutes sortes de pathologies oculaires se succèdent pendant ces consultations, que nous ne pouvons pas toutes, à regret, prendre en charge.
Toutes les cataractes cécitantes sont sélectionnées, le protocole de prise en charge est expliqué aux patients. La perspective de récupérer la vue leur redonne le sourire. Un membre de la famille les accompagnera par le taxi brousse et un parent éloigné les accueillera à la ville le temps de la chirurgie et du post opératoire immédiat. La solidarité familiale, au sens large du terme, est un principe essentiel chez l'Africain.
Dans certains cas, notre accueil a été moins bien préparé, ou un peu tardivement. Les patients sont moins nombreux, le local n'est pas prévu, il nous faut faire intervenir le " crieur public " qui va sur le marché pour annoncer notre arrivée .La consultation s'effectuera de toute manière mais dans de moins bonnes conditions.
Rarement la consultation a du être annulée, par défaut de communication ou par oubli du responsable. Dans ce cas c'est désolant pour les malvoyants du village et de ses environs.

Les avantages de la pré mission


La pré mission est indispensable si elle est bien préparée. Elle permet surtout d'aller au devant de malades qui n'auraient pas fait la démarche sans la crainte du déplacement vers la bourgade la plus proche d'autre part, et enfin la méconnaissance de celui qui les prendra en charge pour la chirurgie en sont la cause.
Le contact direct avec le patient, dans son village, est important. Le son de votre voix, la petite tape sur l'épaule et les mots encourageants arrivent à décider les patients les plus craintifs.
La pré mission est également indispensable car elle permet de toucher une population pauvre qui souvent ne peut pas régler les honoraires des chirurgiens installés en ville. L'annonce de notre modeste rétribution les rassure. Celle ci n'amputera pas trop leur budget indispensable journalier.
La pré mission enfin est passionnante sur le plan social et culturel. Elle permet une approche réelle de l'habitat rural montrant le total décalage qui existe entre le niveau de vie rural et urbain. Ici point de société de consommation, le rythme de vie est le même depuis des siècles, la journée débutant au lever du soleil et se terminant à son coucher.
Rares sont les habitations qui possèdent l'éclairage.
La personne âgée qui perd la vue reste dans sa case, elle a conscience qu'elle devient une charge pour l'entourage. Imaginons un peu ce qu'elle ressent lorsqu'elle apprend qu'un chirurgien blanc vient faire une consultation pour les yeux au village et qu'il peut par la suite rendre la vue !! un gamin l'amènera, la guidant avec son bâton .Ce pauvre aveugle attendra une heure, deux ou trois s'il le faut, et tout sourire vous montrera ses yeux éteints vous suppliant de les rallumer.
  • La consultation dans les villages, bien que très sommaire, est très enrichissante et nous transporte à des années lumière de notre petit cabinet bien confortable, bien équipé, bien géré par une secrétaire qui essaie d'aplanir toutes les difficultés et une orthoptiste qui nous apporte le patient sur un plateau , avec le diagnostic et la carte vitale ce qui nous permet de ne pas quitter notre siège, sauf pour le café de 10h !

La pré mission n'a pas que des avantages


Le coût n'est pas négligeable.
  • Pour bien explorer une région sanitaire, une pré mission doit durer au moins cinq jours. Les centres de santé seront choisis en fonction de la densité de population, en fonction de la date du dernier contrôle et en fonction de la coopération du responsable de santé. Je me souviens avoir rencontré dans un village au nord de Kaya, un infirmier responsable d'un centre de santé qui consultait tous les matins , et notait sur un cahier tous les mal voyants et les aveugles, en notant le moyen le plus rapide pour les contacter en cas de mission chirurgicale ! bravo !
  • Pendant cinq jours ,notre vieux 4X4 est secoué , balloté et parcourt des kilomètres dans tous les sens. Pneus, suspensions, essence, huile …tout a un prix
  • Pendant cinq jours nous donnons un salaire à l'infirmier qui nous accompagne et nous sert d'interprète.
*Toutes les routes ne sont pas forcément aussi tranquilles que l'on croit.
Dans le sud et dans l'est, les coupeurs de route sont légions . Tous les matins nous devons signaler notre trajet à la gendarmerie. Certaines destinations nous sont même interdites car trop isolées ou trop proches des frontières voisines, là où les razzia sont plus faciles !
Dans le nord, des régions ont été déclarées trop dangereuses par la proximité du Mali et des réseaux de l'Aqmi ! Régions malheureusement très démunies sur le plan médical ou les mal voyants n'ont plus trop d'espoir.

Conservons les pré mission.


  • Soyons vigilants et exigeants pour leur préparation. Toutes les radios locales doivent être informées de notre arrivée, les infirmiers doivent communiquer entre eux pour prévenir les patients. Les responsables des CSPS doivent être rappelés au moins quatre à cinq jours avant notre arrivée.
  • Soyons vigilants pour les dangers éventuels et n'oublions pas les consignes de sécurité.
  • Soyons respectueux de cette population authentique, fière, et qui nous fait entièrement confiance. Sachons mériter cette confiance.

Docteur Vincent Philippot
Président d'Africa luz

Nos précieux collaborateurs au Burkina Faso

Voilà maintenant 4 ans que nous travaillons au Burkina Faso. Notre bilan est riche de vingt missions et mille six cent cataractes opérées ; activité qui s'est déroulée sans problème grâce aux équipes de TSO.
Dans tous les centres qui nous ont accueillis, nous avons trouvé une collaboration parfaite des Infirmiers Spécialisés en Ophtalmologie.
Rappelons tous les Centres Hospitaliers Régionaux dont l'hospitalité n'a jamais fait défaut :
Dédougou, Banfora, Orodara, Boromo, Koudougou, Kaya et Fada n'Gourma. Sans oublier le Centre Ophtalmologique de l'OCADES à Fada n' Gourma.
Toutes ces équipes font preuve d'une grande efficacité, autant pour les périodes de dépistage dans les villages de brousse, que pour les périodes de travail au bloc chirurgical. L'affluence des malades est en général très bien gérée. Le post opératoire est toujours effectué dans les meilleures conditions.
Toutes les missions se déroulent dans un climat serein et très confraternel.
Les chirurgiens d'Africa Luz remercient très sincèrement les TSO pour l'ambiance qu'ils ont su créer dans les missions et pour leur efficacité professionnelle.
Que cette collaboration puisse rester indéfectible.

Bilan sur 4 ans :

20 missions
1600 cataractes
opérées

Vincent PHILIPPOT

Témoignages de deux professionnels de la santé

Voilà plusieurs années que Vincent me parlait de ses missions humanitaires, et de l'Afrique. Je ne suis ni ophtalmologiste, ni anesthésiste, ni infirmier, seulement son frère et ancien responsable dans les laboratoires Ethicon.
Je travaillais dans ce laboratoire de dispositifs médicaux et ma contribution consistait à lui donner régulièrement des fils chirurgicaux pour ses interventions. J'étais content de lui rendre ce service, je me disais que je participais un peu à son association et un peu à son confort, mais ma vision sur ses véritables responsabilités était très limitée.
Vincent est un passionné, qui va jusqu'au bout, et qui dans son élan arrive aussi à vous séduire. C'est ce qu'il a fait, le jour où il m'a proposé de l'accompagner dans un de ses voyages. Tout d'abord assez timide sur mon utilité, sur le rôle que je pourrais avoir sur place, je me suis laissé tenter en réservant mon billet pour Ouagadougou.
Pour une première, ma fonction sera de l'accompagner après sa mission chirurgicale sur Kaya, sur les établissements les plus excentrés du Burkina afin d'élargir les centres opérationnels d'Africa Luz , pour aider et former le plus possible d'ISO démunis et pour soulager un maximum de patients.
A l'arrivée à Ouagadougou à 9heures du soir ,on est abasourdi par le monde, la chaleur et la difficulté qu'il faut pour récupérer ses bagages dans un aéroport en travaux. Je n'avais pas l'intention de repartir, d'autant plus que le nuage Islandais qui me suivait avait cloué au sol les avions pour plusieurs jours .
A l'arrière d'un 4x4 quelque peu dépassé, secoués, fenêtres ouvertes, nous avons fait des kilomètres, au nord jusqu'au désert du Sahel , interdit depuis, ensuite en descendant dans le sud jusqu'à Fada N'Gourma où deux établissement deviendront des nouveaux centres pour Africa-Luz.
Pour le voyageur que j'étais, par mon métier, habitué à un certain confort, j'ai vite été plongé dans la réalité. Le constat est terrible, le décalage saisissant.
On se dit que ces populations vivent depuis longtemps comme çà, comme nous, qu'elles s'y sont habituées, comme nous, mais on réalise combien l'écart est énorme. Nous on en souhaite toujours plus, eux, patients et souriants ne demandent rien. En tant que simple individu peu confronté à la souffrance des patients, on est encore plus ému de voir les conditions de soins auxquelles ils sont soumis.
Mon deuxième voyage sera plus éfficace, et je te remercie Vincent de m'avoir beaucoup plus impliqué auprès de l'accompagnement des malades, pré et post chirurgical , au niveau de l'organisation et sur la gestion de la stérilisation.
Pourtant je me se sens frustré vis à vis de vous les médicaux, car plus maladroit et impuissant devant votre expérience, vous qui pouvez enseigner, soulager, soigner et guérir.
Comme tu as changé de véhicule, comme tu as gardé ton fidèle assistant Karim, comme les médicaux Burkinabais sont super, comme il te reste avec tes équipes un certain nombre d'aveugles à opérer, alors, si tu me le proposes à nouveau, je reviendrai certainement, car c'est plus qu'une expérience, c'est une aventure qui ne s'oublie pas.

François Philippot

Témoignages de deux professionnels de la santé

Dimanche 13 novembre 2011, en fin de journée, le vol Paris-Ouagadougou se pose dans la lueur blafarde d'une ville baignée d'une poussière permanente, du fait de ses nombreuses rues " non asphaltées ". Le sable flotte dans l'air. L'odeur de bois encore vert qui se consume devant les maisons se répand partout. Une semi obscurité plonge le voyageur dans cette Afrique qui vit, qui marche, qui court, qui pétarade.
Nous venons d'arriver, Vincent et moi, dans ce Burkina Faso qu'il m'a si souvent décrit… difficile de résister à l'appel pressant d'offrir mes services à cet ami qui depuis plus de dix ans donne beaucoup de lui même à tous ces déshérités ! D'autant que je suis à la retraite depuis un mois après vingt ans de direction de plusieurs cliniques.
Alors, ici, foin de légionelle, d'infection nosocomiale, de blocs aux flux laminaires, du tout jetable… les consultations de dépistage se font en plein air, au milieu des enfants criards et des familles accourues dès l'annonce de l'arrivée du médecin blanc.
Après une semaine à avaler la poussière des pistes et les kilomètres pour aller au devant de ceux qui auront la chance de pouvoir être opérés… il faut passer aux choses sérieuses ! Dix cataractes par jour pendant huit jours, cela vous lessive un homme même le plus aguerri. Alors il lui faut une petite main qui veille à ce que tout se passe au mieux, qui lui facilite la vie et gère l'intendance. Nettoyer les boites de chirurgie, les stériliser et en assurer la traçabilité, faire les biométries, hydrater les patients, les canaliser, vérifier les carnets de santé, faire baisser les décibels des transistors, houspiller l'infirmier anesthésiste pour enchaîner… préparer quelques victuailles, avalées sur le pouce, lui et moi, pour ne pas perdre de temps, préparer tous les kits opératoires pour le lendemain, s'assurer de la propreté des locaux, faire laver les champs et les stériliser etc.
Le soir venu, il faut décompresser. A deux, les soirées paraissent passer plus vite. Nous parlons histoire, mais surtout musique, Vincent est intarissable.
Puis voilà que les contrôles post opératoires arrivent. Le sourire de ces gens qui n'avaient pas vu le soleil depuis longtemps nous récompense de nos efforts et fait fondre notre fatigue.
On se regarde Vincent et moi et l'on sait que nous reviendrons bientôt… malgré tout !

Gilles Ricome

Déjà huit missions en Afrique !

Huit occasions de découvrir, huit occasions de se réjouir et huit occasions de s'attrister aussi …
En effet, on ne se lasse jamais de l'Afrique noire, on est même " accro " dès la première expérience, tant les images, les odeurs, les populations sont étonnantes et à redécouvrir chaque fois
Nous sommes projetés de notre vie occidentale, organisée, ordonnée, aseptisée dans des conditions complètement opposées, et cela demande un effort d'adaptation qui dérange au départ, qui oblige à sortir de ses repères, et enfin qui fait progresser et relativiser…
Découverte de la vie de ces populations : leur objectif premier étant de se nourrir le jour même, et donc de trouver le bois pour le feu, et l'eau. Difficile de faire des projets à long terme dans ces conditions. Le climat de ces pays ne favorise pas les choses, et nous constatons que les africains souffrent autant que nous de la chaleur. Après les trépidations de la capitale, toute relatives, le calme des villages nichés dans la savane, sous les manguiers et les toits de paille, n'est rompu que par les cris de nombreux enfants et les animaux laissés à eux même. Les couleurs du marché, celles des pagnes, la beauté des femmes, les rires d'enfants qui viennent à notre rencontre.
Découverte du travail dans les petits hôpitaux de brousse : chacun fait ce qu'il peut avec les moyens mis à sa disposition ; chaque fois une équipe heureuse de nous accompagner pour la mission chirurgicale qui va leur donner du travail à un rythme et dans des conditions inhabituelles pour eux. Si nous devons nous adapter aux locaux et au matériel si différent de celui que nous utilisons en France, eux aussi doivent faire de gros efforts pour se mettre au niveau de la chirurgie que nous pratiquons avec eux.
Des joies nombreuses viennent nous conforter dans notre choix de laisser notre vie douillette quelques semaines : joie de rencontres dans les villages où nous sommes accueillis, rencontre des infirmiers qui se dévouent pour faire avancer les choses, discussions avec eux après le travail (politique, religion...), rencontre d'autres humanitaires qui font des choses extraordinaires, gouttes d'eau qui soutiennent ces populations, rencontre d'hommes et de femmes qui agissent pour leurs concitoyens (clergé, professeurs, responsables politiques). Joies de partager tout cela avec les ophtalmologistes qui partent avec nous : dans ces conditions particulières les relations humaines sont riches de l'essentiel.
Grandes joies surtout de voir le sourire des patients qui ont retrouvé la vue ! Leur vie est tellement transformée par la chirurgie, que leur joie et celle de leur famille est une récompense et un encouragement qui n'a pas de prix ! à ce moment là nous savons que nous ne perdons pas notre temps !
Tristesse aussi… on ne peut rester insensible devant tant de pauvreté, tant de souffrances : on n'est jamais immunisé ! Le petit travail que nous réalisons semble bien dérisoire devant tant de choses à faire ! Il faut pourtant commencer par ce que nous savons et pouvons faire : chacun à Africa Luz met ses compétence bénévolement au service de ces personnes qui ont reçu tellement moins que nous ! Mais quelle tristesse de voir des patients pour lesquels nous ne pouvons rien, alors que chez nous leur pathologie relève de la routine ; quelle tristesse de voir arriver des enfants avec des problèmes si évolués que plus rien ne les sauvera ! Les larmes nous viennent aux yeux devant tant de résignation, de dignité, et de compassion de leurs proches.
C'est là que nous décidons qu'il ne faut pas baisser les bras.Tout ce que nous faisons donnera de l'espoir à beaucoup, même si nous nous sentons parfois bien impuissants !
Voila pourquoi il y aura une neuvième, dixième... mission, toutes ces émotions partagées avec Vincent nous font avancer.

Dr Bénédicte Philippot

Deuxième mission à Kaya…

Ce petit mot est dédié à tous les acteurs d'AfricaLuz, toautes les personnes bénévoles qui font vivre cette belle aventure. Tous les acteurs burkinabé, qui à chaque mission oeuvrent pour aider leurs patients à recouvrer la vue de leurs enfants, de leurs amis et de leurs champs... Cette année encore nous avons bien travaillé grâce à une équipe qui a su communiquer, s'adapter au changement dans leur travail quotidien. C'était la première fois que je retournais deux années de suite au même endroit. Tous étaient là et c'était un peu comme si je revenais après une courte absence. Beaucoup de plaisir à se retrouver et à travailler ensemble. Cela n'est pas toujours facile car nous évoluons dans des mondes différents mais grâce à l'échange tout est possible ! J'ai aussi retrouvé Vincent, qui m'a encore tellement appris ! Nous avons longuement discuté après nos journées de travail, et sa connaissance de l'Afrique est une aide précieuse pour l'organisation et la gestion des missions sur place. Que de détails auxquels il faut penser pour qu'AfricaLuz continue à vivre et à nous faire vivre des moments si intenses. De belles idées sont nées lors de ces soirées et j'espère qu'elles verront le jour avec 2012. Un grand merci à Karim, toujours aussi impliqué, efficace et souriant. C'est un plaisir de le retrouver à chaque arrivée. Pantxika, qui travaille depuis Saint-Jeande- Luz pour seconder Vincent dans la gestion de cette belle entreprise, un grand merci. Merci à tous les donateurs qui par leur participation quelle qu'elle soit nous aide à rendre la vue. Je suis rentrée en France comme d'habitude gonflée d'énergie, d'envies et de motivations pour les missions de l'année 2012. Alors à tous les burkinabé je dis à très bientôt.  Dr Fabienne Descour  

TÉMOIGNAGE D'UN BURKINABÉ QUI A RETROUVÉ LA VUE...


Lettre au chirurgien blanc


Quand je suis venu vous voir, je peux te dire que je n'en menais pas large. Les vieux du village m'avaient dit beaucoup de choses sur vous, les " toubabous ". Que vous faisiez des choses, des choses de blancs, et qui permettaient de mieux voir. Pourtant, le sorcier - le sidibé - avait encore insisté la veille pour m'enlever cette eau trop abondante dans mes yeux, en utilisant la grosse épine d'acacia. Mais quand il me l'a montrée, cette satanée épine, j'ai tout de suite été moins rassuré. On a beau être le petit-fils d'un grand guerrier Mossi, on a le droit aussi d'avoir peur, mais sans le montrer trop quand même...

Quand je t'ai vu, c'est d'abord la douceur de ta voix qui m'a apaisé, même si ta langue m'était totalement inconnue. Je te devinais à peine. Une vue comme dans du coton venu des plaines du Faso. Tu t'es penché sur moi avec de la lumière dans mes yeux et je crois que je t'ai vu sourire, satisfait. Moi, j'étais toujours un peu intimidé et stressé. Mais pour donner le change, j'avais mis mon plus beau boubou.

Puis je me suis allongé. Puis je me suis laissé faire. La piqûre dans l'oeil, ce papier sur mon visage, cette lumière encore et toujours aveuglante au-dessus de moi. Je ne bougeais pas, bout de bois africain séché et immobile, attendant patiemment que tu finisses. Sans douleur dans cette pièce si froide pour un mois de mars au Burkina. Peu après, je me suis relevé et je suis rentré à pied chez un cousin à la sortie de Banfora. Avec ce pansement sur mon oeil qui me brûlait un peu, je voyais encore moins. Je t'avoue, j'ai alors pensé aux anciens, de ce qu'ils diraient de toi, de moi si je perdais mon oeil.

Et le lendemain est arrivé. Te dire ce que j'ai ressenti lorsque tu m'as enlevé ce pansement, encore aujourd'hui, je ne pourrais pas te le dire. Je me souviens surtout de toi, de ton regard et de ton visage près de moi, de ta peau et de ton crâne si blancs. Après, ce fut aussi la redécouverte des couleurs des manguiers en fleurs, de la latérite, du soleil rouge au-dessus des champs de canne, des boubous des femmes au village …

Tu as remis une dernière fois la lumière dans mon œil. Je crois que c'est à ce moment que l'autre toubabou a pris la photo. Cette photo, je la regarde tous les jours. Je regarde ton crâne blanc près de ma peau noire. Ce monde qui nous sépare et ce moment qui nous relie."

Dr. J. COULLET,
Chirurgien à Montpellier 

Banfora, Burkina Faso, oct. 2009


Nouvelle mission au Burkina Faso pour moi, nouvelle destination : Banfora, dans le sudouest cette fois... Je retrouve avec joie à Roissy les 2 ophtalmologistes participants, les docteurs Paulette Salvaing et Olivier d'Amalric. Notre dernière mission commune datait de 2006 à Gaya au Niger.

L'arrivée à Ouagadougou est toujours aussi surprenante : d'abord la chaleur, au sortir de l'avion plus de 30°C malgré l'heure tardive ! Puis cette senteur particulière d'Afrique, mélange de terre gorgée de soleil, de fragrances de fleurs, et de parfums de toutes sortes. Sanou, notre chauffeur, est là et son " Bonne arrivée ! " (comme le disent tous les africains) nous réchauffe le coeur. Après une nuit réparatrice, dès 7h du matin nous sommes prêts. La route est longue jusqu'à Banfora (environ 6 heures). Mais notre 4x4 - certes un peu fatigué - en a décidé autrement, et refuse de démarrer. Nous sommes donc contraints de louer une voiture... Les routes d'Afrique sont dures pour la mécanique !!

La route est belle, les couleurs superbes, la saison des pluies s'étire et le paysage burkinabé n'a jamais été aussi vert. L'accueil à l'hôpital est comme toujours très chaleureux. Denis l'anesthésiste et son sourire immuable, le major Sanou, les infirmiers... Les malades - en grand nombre déjà - campent devant l'entrée du service d'ophtalmologie. Les salles bien équipées et propres sont prêtes.

Dès le lendemain, les interventions débutent et l'afflux de patients ne tarira jamais durant ces 10 jours de mission, certains viendront même de Côte d'Ivoire et d'autres du Mali. 115 interventions de cataractes seront réalisées, sans le moindre problème. Et c'est toujours avec la même émotion et le même émerveillement que le patient, jusqu'alors aveugle, découvrira le lendemain, avec un grand sourire, le visage de celui qui lui a rendu la lumière.

Déjà, la mission est terminée. Merci à Paulette et Olivier pour leur travail immense et leur gentillesse. Merci à tout le personnel compétent de l'hôpital de Banfora qui forma avec Africa Luz une équipe très soudée. A bientôt pour une nouvelle mission en 2010 !

Pantxika 

Dédougou, Burkina Faso, fév. 2009


Depuis bien longtemps, Vincent PHILIPPOT me parlait de ses séjours en Afrique noire, où il opérait des cataractes bien plus avancées que celles rencontrées en France. Cette terre inconnue, au parfum d'aventure, me rappelait ma coopération dans le sud tunisien et l'intérêt de travailler dans un contexte totalement différent de la métropole. Il prit au mot mes velléités de partir avec lui et, 6 mois avant la mission au Burkina, me sollicita pour l'accompagner lui et la sympathique Pantxika, indispensable intervenante de toutes les missions.

Et nous nous envolâmes pour le Burkina Faso fin février 2009...
De Ouagadougou, nous passâmes par Bobodioulassou pour rejoindre Dédougou, grosse bourgade au nord ouest de Ouagadougou. Les onze jours passés là-bas m'ont laissé de forts souvenirs :
  • voyage en 4x4 piloté par Sanou à travers cette savane arborée et cultivée, à l'habitat rural dispersé,
  • villages aux maisons en briques non cuites
  • grenier en grand panier de fibre perché sur des troncs tordus pour échapper aux rongeurs et coiffé d'un immense chapeau, évoquant de loin un petit lutin obèse, au chapeau de guingois, tantôt clair tantôt sombre
  • la circulation intense , les véhicules stationnés à même la route pour réparation ou halte, le vélo, ceux ou celles qui marchent avec des charges sur la tête, les troupeaux gardés par les enfants, la poussière, la chaleur de l'harmatan venant du désert
  • les baobabs au tronc puissant hérissé de branches nues, les champs de coton, la savane ; - l'hôpital local avec son équipement minimal en ophtalmologie ; - le déballage de tout le matériel nécessaire apporté par Africa Luz, à sortir des cartons et à caser dans des locaux exigus, le montage du microscope et de la LAF
  • l'équipe d'Iso (Fred, Fatin, Traoré, Sani, Idrissa, Estelle) qui essaie de faire face à nos demandes avec les moyens du bord
  • les patients venus en nombre sachant que les médecins blancs sont là, parmi lesquels on sélectionne ceux à qui les soins sont les plus profitables : les cataractes quasi blanches, totales, souvent bilatérales donc cécitantes (sans nos soins, ils risquent de s'adresserau tradipraticien qui pratique encore l'abaissement à l'aiguille (sidibé) avec, en général, des résultats catastrophiques et irrécupérables), mais aussi d'autres pathologies : glaucome, ptérygion trachome et ses séquelles parasitoses trauma.

C'est une foule colorée, de tous âges venue parfois de loin - les femmes avec souvent leur dernier-né somnolent ou attentif dans leur dos, les hommes toujours dignes, représentant de nombreuses ethnies - qui vient à notre rencontre. La consultation est forcément rapide, assistée de l'infirmier pour retenir ou infirmer l'indication. Puis programmation au bloc, dans une petite pièce pleine de monde où l'on tente de retenir quelques mots, ani sogoma (bonjour) yélé flé, fleriké dougouma, anitché... A côté, c'est à la fois une salle d'attente, un endroit où s'effectuent les formalités administratives, l'examen du patient par les ISO. On se prend à rêver du confort dont on dispose en France.

Pour les interventions, là encore, décalage avec la pratique habituelle ! Malgré les promesses, nous sommes dans un bloc minuscule, avec des conditions à faire convulser un hygiéniste, pas de topique mais des ALR. On retrouve l'autorisation de la hyaluronidase et les remarquables anesthésies de Fatin. Pas de phaco mais des extra-classiques à la " Charleux ", des blanches où l'on prend du bleu, une découpe en pointillé le plus souvent, des implants rigides, des sutures où il ne faut pas craindre de serrer les points, la Cefuroxine en fin d'intervention... Et puis on s'y fait et le lendemain, on voit le sourire ravi de celui ou celle qui était quasi aveugle la veille.

Alors... on va oublier la chaleur la fatigue, les conditions précaires, le manque de moyens pour retenir le pilotage sans défaut de Vincent, la gentillesse et la disponibilité de Pantxika dans cette réalité africaine, la cordialité de l'accueil de leurs amis sur place, la visite chez l'Evêque où un vieux nous explique que sa cataracte a été récusée car pas assez " pourrie ", la visite au chef du village en présence de son griot, le dîner chez Fatin, l'atmosphère des marchés, le vieux village de Bobo, le marché de Bobo, la mare au caïman, la brakina bien fraîche une fois la journée finie, et l'humanité des Burkinabés. Finalement, ce fut une expérience forte. Ah oui ! Penser à repartir...

Dr. ESMENJAUD,
Chirurgien à Montpellier

3 sites d'actions au Burkina Faso

1. Mission à Banfora, octobre 2008


18 octobre 2008 départ de Grenoble avec Fabienne, mon cher binôme, pour une nouvelle mission avec Africa Luz. La joie est grande : nous allons retrouver Vincent et
Bénédicte pour une nouvelle et première mission au Burkina Faso. Vincent nous ayant fait part de son voyage préparatoire
et de ses différents contacts établis sur place, nous partons enthousiastes et très confiantes. Les retrouvailles à Paris sont des plus chaleureuses.

A Ouagadougou, c'est notre cher Tchio, le chauffeur technicien qui nous accueille à la descente de l'avion avec un bon 35°C de température. Nous y sommes ou presque... Il nous faudra encore 5 bonnes heures de route, à travers la savane, pour arriver sur le site de la mission, Banfora. Nous rencontrons le soir même le responsable du dispensaire, Germain, qui nous fait visiter les locaux. Ils sont tout neufs et très propres, car trop peu utilisés : un chirurgien vient opérer ici, un à deux jours tous les... 3/4 mois !
Une bonne nuit réparatrice sous les moustiquaires (ILS sont là, eux aussi) et nous sommes en forme pour démarrer cette mission.
Le lendemain, les patients sont déjà nombreux et impatients. Nous prenons contact avec toute l'équipe soignante. Le Dr. Diallo, ophtalmologiste à Bobo Dioulasso, nous a rejoint pour nous aider à démarrer la mission, son aide est précieuse.

Tout se met rapidement en place : le matériel et les rôles de chacun sont définis, nous pouvons donc commencer.

Les 10 jours de mission vont se succéder dans une ambiance des plus sympathiques, chacun apportant son aide et sa générosité afin que tout se déroule au mieux. Germain assure la consultation pré-opèratoire avec le très sympathique et souriant Denis (infirmier anesthésiste) et son aide Traoré, la belle Vero et Diara (les infirmiers de bloc) et Tchio, intervenant sur les défaillances du matériel. Une bonne dose d'humour de Vincent vient rompre les tensions et la fatigue liées à une chirurgie souvent  difficile, à laquelle se surajoutent coupures de courant, d'eau et autres multiples incidents inhérents à ce contexte... Aussi, le soir, avons-nous un repos bien mérité grâce aux bons soins de notre hôte, Soeur Constance et à la très bonne cuisine d'Isidore.
Chaque matin, les sourires des opérés de la veille sont notre récompense. 135 chirurgies, 135 vues retrouvées, autant de sourires et de joie pour tous ces patients et leurs familles qui les accompagnent et pour toute l'équipe soignante. C'est une grande chance de vivre ces moments là et je remercie tout particulièrement Fabienne. Je remercie aussi Vincent et Bénédicte pour tout le travail qu'ils ont dû fournir depuis un an pour mener à bien cette mission et les autres qui suivront, principalement grâce à leurs qualités humaines et relationnelles.

Un grand merci à toute cette joyeuse et dévouée équipe "burkinabé”, sans oublier Pantxika qui gère de loin, de nombreux et non moindres détails.
Un grand merci à tous et je renouvelle ma candidature pour une prochaine mission.

A très bientôt ! ?

Dr. Marie-Claire Lombard,
ophtalmologiste à Grenoble



Seconde mission avec Africa Luz


Nous avons fermé le bal au Niger et nous l'avons ouvert au Burkina avec la même équipe et un grand plaisir à se retrouver !!

J'avoue que j'étais très contente de participer à la première mission dans ce pays. Je me suis rendue compte de l'énergie qu'il faut déployer pour que tout fonctionne correctement, et c'est bien au-delà de ce que l'on peut imaginer. Pour cela, je dis et je redis merci à Vincent qui n'a pas économisé les palabres, et à Pantxika qui, depuis l'autre continent, était toujours disponible même à des heures que la morale réprouve !

Après quelques “péripéties”, nous avons finalement atteint Banfora avec notre cher Tchio. J'étais vraiment très heureuse de le retrouver.
Quel changement après Oualla : de l'eau à profusion, des rizières verdoyantes, des manguiers et les nénuphars en fleur le matin sur le trajet du dispensaire. Et tous ces visages qui riaient en voyant passer "les blancs". Nous avons encore fait des rencontres qui font chaud au coeur, tout en simplicité.

L'équipe qui nous a accueilli était vraiment super. Germain consultait et nous avions un quatuor de choc au bloc : Denis, notre anesthésiste, Traoré qui l'aidait à installer les malades, Véro et Diarra nos infirmiers de salle. Tous très efficaces nous avons travaillé ensemble avec beaucoup de bonheur et de rires. Nous avons opéré dans d'excellentes conditions comme la dernière mission, et partager le bloc avec Vincent et Bénédicte, c'était vraiment sympa!
Et oui, c'est quand même pas toujours facile la chirurgie en Afrique et tout va mieux lorsque l'on est bien entouré. Nous étions heureux après nos journées de travail de retrouver notre petit havre de paix chez Soeur Constance et les bons repas d'Isidore que, personnellement, j'ai littéralement dévorés !

Les 15 jours sont passés à vitesse grand V et il était déjà l'heure de retrouver le froid grenoblois. Même si parfois il m'arrivait de penser "mais qu'est-ce que je fais là ?!", je crois que je ne pourrais plus me passer de ces missions...

Un grand merci à Marie-Claire ma chère binôme, à Vincent, Bénédicte, Pantxika, Tchio, Jean-Louis qui nous a beaucoup aidés, Denis, Véro, Diarra, Traoré le "court et clair", Germain et tous ceux que j'oublie encore de citer. Et je dis à tous mes amis “à très bientôt !”

Dr. Fabienne Descours,
chirurgien à Grenoble
Voici l'histoire d'une mission qui a bien failli ne pas avoir lieu. Cela aurait été bien dommage...

48 heures avant le départ, Air France annonce une grève risquant d'annuler 50% des vols. Une fois le vol confirmé, Air France prend la décision de basculer les passagers pour le Tchad dans notre avion. Embarquement, retard... A la dernière minute, une passagère, se souvenant subitement qu'elle est diabétique, réclame son insuline qui se trouve... dans la soute à bagages. Je passe sur l'escale à N'Djamena qui dura 3 heures au lieu d'une pour arriver  Ouagadougou le lendemain à 6 heures du matin.

Nous étions “fracassés” mais ces péripéties ont eu l'avantage de sceller d'emblée la cohésion d'une équipe naissante composée de Paulette (oph. à Toulouse), Pantxika (secrétaire d'Africa Luz), Delphine (opticienne à St-Jean-de-Luz) et moi-même (oph. à Blois). Un grand merci à Jean-Louis Nicolas, un Français vivant au Burkina, qui s'est rendu disponible pour nous accueillir à Ouagadougou après ce voyage galère et qui nous mis en contact avec Sanou, Burkinabé de Bobo, qui sera notre chauffeur et notre guide pendant toute la mission. Timide, effacé au début, Sanou prendra au fil des jours confiance et  initiatives qui nous serons très précieuses. Qu'il soit lui aussi remercié pour sa disponibilité sans faille malgré les problèmes de santé de sa fille de 3 ans.

Un court trajet en 4x4 d'une  centaine de kilomètres nous permet de rallier Koudougou le dimanche. Aussitôt, nous rencontrons l'équipe du service ophtalmo de l'hôpital : le Dr. Sankara, chef de service (il aura travaillé à la préparation de la mission et en particulier à l'information des populations), Youssef, infirmier major responsable du bloc et de la stérilisation (il nous aura séduit par son esprit et son efficacité dans le travail) et Denis, infirmier à Banfora (irrésistible quand il part dans son grand éclat de rire, il nous fera des péri-bulbaires de rêve). Montage de la lampe à fente dans le poste de consultation, inspection des microscopes, inventaire du matériel, tout est en place pour démarrer le lendemain. Dès le lundi, le travail démarre non-stop jusqu'au jeudi 27 novembre. Comme dit Pantxika, “Africa Luz, ce n'est pas le Club Med".
L'organisation et le rythme se mettent en place : Paulette examine les opérés de la veille pendant que je passe à la lampe à fente les patients recrutés par notre collègue Sankara et ses infirmiers afin de constituer le programme opératoire de la journée. C'est en extra-capsulaire que nous opérons toutes ces cataractes très invalidantes, cécitantes, tantôt blanches, tantôt brunes.

Delphine et Pantxika se sont muées en panseuses très efficaces, bravo pour leur travail ! A mi-parcours, un fléchissement dans le recrutement s'est fait sentir, l'information passée par le Dr Sankara n'ayant pas été suffisamment diffusée. Notre chauffeur, Sanou, nous a organisé à ce moment-là une rencontre avec le Roi de Koudougou, accueillant, sympathique, ainsi qu'avec les chefs coutumiers (de quartier, de canton). Ce fut un grand honneur d'être accueilli par de telles personnalités. Il nous fut reproché, toujours gentiment, le manque d'information annonçant notre mission. Les chefs eux-mêmes ignoraient
notre arrivée ! C'est un appui qu'il faudra utiliser au maximum pour les prochaines missions à Koudougou. Il serait stupide de se passer du soutien de personnes aussi influentes. Au total, 105 cataractes furent opérées. Avec un meilleur recrutement, nous aurions pu faire plus. Mais pour une
première, c'est honorable.

Je n'ai pas envie de m'arrêter à ce bilan purement comptable. Il y a aussi une autre dimension, humaine celle-là. Entre nous quatre déjà, c'est une amitié qui se crée, une complicité. Des moments de rires, voire de fous rires, des inquiétudes partagées, des souvenirs à l'égard de ces patients que nous avons, je l'espère, aidés de notre mieux. Eux qui entraient  péniblement dans la pièce d'examen, ne voyant rien, se cognant partout, nous les avons vus repartir après la chirurgie d'un pas plus sûr, exprimant leur reconnaissance avec beaucoup de discrétion, presque de pudeur.

Quant à ce pays, il y aurait tant à dire. Notre programme opératoire allégé sur la fin nous a donné du temps pour découvrir sa beauté, la gentillesse et les sourires de ces gens, mais aussi tant de pauvreté, de misère... Et les enfants, ces enfants qui travaillent dans les champs, ils sont beaux, joyeux et tristes à la fois. Je pense à eux. Nous avons aussi eu la chance de découvrir l'artisanat local fait d'imagination, à partir de matériaux de récupération, la grâce des statuettes en bronze ;  “la Mère et l'Enfant”, c'est un thème très fort là-bas. Nous avons assisté à la première soirée des NAK (nuits atypiques de Koudougou) avec tellement de talents sous nos yeux enchantés !...

Cette mission a jeté des bases solides pour les suivantes. Des contacts précieux ont été établis avec des personnalités influentes. L'Hôpital de l'Amitié est une bonne structure d'accueil. Tout est réuni pour que naisse une belle et longue histoire entre le Burkina Faso et Africa Luz...

Dr. Michel Houille,
chirurgien à Blois


2. Mission à Koudougou, novembre 2008


Notre première année au Burkina Faso et la seconde mission d'Africa Luz. Nous nous retrou-vons tous avec joie à Paris, à l'aéroport : Paulette Salvaing pour une nouvelle mission, Michel Houille pour une première participation, et Delphine, opticienne, qui m'accompagne. Mais notre aventure débute mal : 17 h d'avion ! Pas de chance ! Nous sommes tombés sur un jour de grève ! Merci Air France ! A l'arrivée à Ouagadougou, Jean-Louis Nicolas, que je ne saurai assez remercier, et Sanou, notre nouveau chauffeur burkinabé, sont là. Les pauvres, l'attente fut longue pour eux aussi ! Après quelques petites heures de repos, car nous étions morts de fatigue,  nous prenons la route vers Koudougou  (environ 4 heures de route), Sanou conduisant très prudemment.

A l'hôpital, tout le service d'ophtalmologie est là. Le Docteur Sankara,  l'ophtalmologiste, Youssouf, le major du service qui assurera toute la stérilisation, et Denis, notre infirmier anesthésiste venu de Banfora. L'accueil est chaleureux, comme toujours en Afrique ! Nous visitons le service, le bloc est spacieux et les deux chirurgiens pourront opérer côte à côte.
Nous mettons tout en place pour le  lendemain. Nous retrouvons d'emblée, le matin, le même rituel qu'au Niger : de longues files de patients devant le service d'ophtalmologie nous saluant, souriants, attendant pleins d'espoir de retrouver la vue.
Et les chirurgies débutent. Paulette et Michel sont tous les deux heureusement rompus aux conditions difficiles des missions humanitaires. Paulette, une habituée des blocs nigériens, et Michel, de ceux du Brésil. Les conditions de travail sont semblables, seuls les continents différent ! Tout se déroule bien. Nos microscopes  fonctionnent bien, heureusement, car Tchio, notre technicien, est absent, suite à un accident de la route. On croise les doigts et tout ira bien jusqu'au bout ! Inch Allah !! Et les cataractes succèdent aux cataractes. La cadence est élevée et Delphine et moi-même aidons de notre mieux pour leur rendre la tâche plus facile. Les infirmiers burkinabés sont remarquables d'efficacité et de gentillesse. Youssouf et Denis, aux rires permanents, égayent le service ophtalmologique. La mission passe très vite. Comme à chaque fois, beaucoup de malades ont retrouvé la vue, mais il reste tant à faire !

Nous avons, de beaux souvenirs plein le coeur, et que de belles rencontres ! Nous avons même eu le privilège d'être reçus par le Roi de Koudougou, accompagné de nombreux chefs coutumiers. L'organisation des futures missions à Koudougou en sera facilitée, car ils nous aideront à diffuser l'information dans leurs villages afin de “recruter” un plus grand nombre de malades.

Merci à Paulette et Michel pour leur compétence et leurs qualités humaines. Merci à Delphine pour son aide.
Merci à tout le personnel du service d'ophtalmologie et au directeur de l'hôpital de Koudougou pour leur accueil.

Nous repartons tous avec le même désir, revenir pour une nouvelle mission... ?


Pantxika Hernandorena,
coordinatrice Africa Luz


3. Mission à Dédougou, novembre 2008


J 'y suis ! Quelques heures après avoir quitté Lyon sous un ciel neigeux, je descend de l'avion dans la moite chaleur africaine direction le seul et unique  bâtiment de l'aéroport international (!) de Ouagadougou. Bonne nouvelle : tous mes bagages ont suivis et même les cartons de collyres, fournis aimablement par les laboratoires Thea et Chauvin, n'ont pas été débarqué à Niamey... Notre nouveau chauffeur, Sanou, m'attend avec un grand sourire et une pancarte “Africa Luz”.

Je passe le premier jour à rallier Bobodioulasso avec le 4x4. Bobo m'apparaît avec ses nombreux arbres, bien plus agréable - d'autres diraient “provincial” - que Ouaga “la poussiéreuse”... On file ensuite sur Dédougou, lieu de la mission chirurgicale, où j'arrive après 2 heures de route de nuit. Accueil chaleureux à l'hôpital ou je comprend vite qu'un gros travail de rangement et de ménage a eu lieu avant mon arrivée. Rendez-vous est pris pour 7h30 le lendemain et 3 scooters  accompagnent le 4x4 à quelques minutes de là, à la mission catholique qui nous servira d'hôtel et de cantine (avec un cuisinier aux petits soins) pendant tout le séjour. Le lendemain, briefing avec le team des 6 “ISO” et distributions des rôles. Ils sont sur la réserve mais semblent très
enthousiastes à l'idée d'opérer des  cataractes, ce qui n'est pas fait habituellement à Dédougou. Vérification des instruments, des packs cataractes et les consultations débutent, en ne retenant pour la chirurgie que les patients atteints de cécité par cataracte bilatérale et nous arriverons après quelques ajustements à opérer quelques malades en fin d'après midi.

Les jours suivants se déroulent selon un rythme bien régulier et habituel à la plupart des missions : consultations post-opératoires, puis consultations préopératoires pour confirmer les opérés du jour parfaitement sélectionnés par la prémission, séance chirurgicale, déjeuner (où je tache de résister aux crudités qui semblent pourtant bien tentantes),  nouvelle séance chirurgicale et... c'est déjà l'heure de la bière locale puis d'une nuit bien méritée où la fatigue annihile toute insomnie... Les jours se suivent à ce  rythme soutenu et je regrette d'être le seul ophtalmologiste car dès que je franchis la porte du bloc opératoire, les consultations s'arrêtent. Le directeur, juste de retour d'un conférence, vient prendre contact le troisième jour. Il s'appelle Charlemagne (cela ne s'invente pas) ! Les infirmiers, un peu en observation les premiers jours, prennent confiance quand ils constatent que les opérés revoient dès le lendemain de la chirurgie et me ramènent pour les opérer une cousine, la femme du Maire ou... la gloire footballistique locale !

Séquence émotion un matin où le père d'un adolescent opéré la veille ne veut plus me lâcher les mains en me remerciant quand il réalise que son fils qui ne voyait plus depuis 2 ans se déplace seul dans l'hôpital ! Ces missions sont souvent pleines de petits bonheurs qu'il ne faut surtout pas bouder !
Le dernier soir, toute l'équipe prend un pot ensemble dans l'un des deux barsmakis de la ville. A ma grande surprise, et j'en suis très touché, ils viennent tous “sur leur 31”. Je prend alors conscience que cela fait 9 jours que nous travaillons ensemble, que tout s'est passé dans la simplicité et la bonne humeur et que je suis triste de les quitter le lendemain...
Après avoir promis de revenir bientôt, ou en tout cas après en avoir fait la promesse à tous, en m'engageant pour Vincent Philippot, je reprends la route de Bobo après avoir fait une superbe promenade en pirogue sur le lac aux hippos, balade pendant laquelle je n'ai de cessé de nourrir les moustiques... Je suis chaleureusement accueilli à Bobo chez Jean-Louis Nicolas, dit “Major Nicolas”, dont l'hospitalité et la gentillesse n'ont pas d'équivalent au Burkina Faso. Il me servira de guide pour visiter Bobo le lendemain et je prend vite conscience qu'il est devenu en quelques années “Bobo” et “Dioula” à la fois, bref, plus Burkinabé que les Burkinabé eux-mêmes.

Retour à Ouaga puis à Lyon après un vol de nuit sans histoire ou je trouve 20 cm de neige. Quoi, c'est déjà fini ? Allez, c'est sûr, j'y retourne l'année prochaine, tellement ces gens sont gentils !

Et un grand merci à ceux qui ont oeuvré dans l'ombre - j'ai cité Pantxika et Vincent - pour que cette mission soit une réussite.

Patrick Ligeon-Ligeonnet,
chirurgien à Valence